Pourquoi notre ventre nous complexe autant ?

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Crèmes amincissantes, culottes gainantes, gélules « ventre plat »… Tous les moyens sont bons pour cacher ce ventre que l’on ne saurait voir. Pourquoi tant de haine ?

1 Français sur 2 déteste son ventre, révélait en 2011 une étude Ipsos Santé. Dans une société de surconsommation alimentaire, tous les moyens sont bons pour l’assainir, le purifier et le détoxifier. Jennifer Lawrence, Kate Winslet, Beyoncé… Si de nombreuses célébrités disent aujourd’hui « assumer pleinement » leurs cuisses, leurs seins, leurs fesses et leurs hanches, aucune ne vient défendre le droit à un ventre rebondi ! A coup de régimes, de stratagèmes vestimentaires et d’exercices pour renforcer les abdos, beaucoup d’entre nous s’efforcent de maîtriser, de diminuer, voire même de faire « disparaître », ces rondeurs mal-aimées.

Un ventre plat à tout prix
« Objectif : ventre plat », « l’épreuve du maillot de bain », « perdre 5kg avant l’été »… Les nombreux programmes d’amincissement qui fleurissent chaque printemps visent à obtenir un certain type de corps, considéré comme digne de porter un bikini. « Bon nombre de magazines féminins nous laissent entendre que la plage est un tribunal et que nous devons nous conformer à ses règles pour être acquitté », déplore Sophie Cheval, psychothérapeute spécialisée dans les souffrances liées à l’apparence physique. Et en première ligne, notre ventre. Nous avons tendance à juger notre silhouette et notre beauté à son aspect : son relief ou sa platitude, son côté musclé, sa fermeté ou non. Problème, il existe un décalage entre l’image du ventre idéal selon la société et la réalité physiologique. Le premier semble vouloir nier la nature, les changements inévitables du corps lors du cycle menstruel, de la maternité ou de la ménopause. « Le ventre des femmes va évoluer toute leur vie. C’est peut être aussi pour cette raison qu’il s’agit d’une partie de notre corps à laquelle on prête particulièrement attention, poursuit Sophie Cheval. Parce qu’elle est soumise à des fluctuations tout au long de la vie, ce qui la rend impossible à contrôler. »

Le ventre pendant la grossesse
Quid de la maternité ? L’attente d’un enfant serait-il le seul moment où l’on s’autorise un ventre rond ? Même plus. Si la grossesse est originellement associée aux rondeurs, ces dernières années les médias nous ont présenté des femmes à prendre pour modèles : Kate Middleton, Victoria Beckham, Gisele Bündchen… Des personnalités naturellement fines qui, quelques jours à peine après avoir accouché, affichaient un ventre plat, tonique. Comme si rien ne s’était passé. Avoir un enfant, oui. En revanche, pas question d’accepter les traces de la maternité, semblent-elles laisser entendre. D’ailleurs, sur les forums dédiés aux futures mamans, de nombreuses mères échangent sur la meilleure façon de perdre rapidement du poids, pour retrouver une taille 36 une semaine après avoir accouché. Une injonction à la perfection toujours plus forte, à un moment de grande fragilité…

Le ventre, miroir de notre personnalité
Cette pression exercée sur notre ventre s’explique par le fait qu’aujourd’hui, notre corps nous caractérise. Il expose aux autres notre personnalité, nos forces et surtout nos faiblesses. « Le corps est désormais considéré comme un support promotionnel de la personne, affirme Sophie Cheval. Nous sommes des “femmes-sandwich” : dont l’apparence devrait renvoyer des qualités présumées chez la personne. » En effet, dans les esprits, la prise de ventre est généralement associée à l’excès alimentaire. Lorsqu’il n’est pas plat, cela veut dire que l’on est gourmand, glouton. Nous ne savons pas nous contrôler, nous sommes inaptes à adopter un comportement alimentaire considéré comme raisonnable ou à faire de l’exercice physique. Ce qui envoie une image de nous un peu négligente. « Avoir un gros ventre, c’est être gros, observe Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychanalyste. Et comme ce complexe est fondé sur les critères de beauté actuels, il se diffuse dans la société, dans le discours social, comme une sorte de virus. » Une idée que l’on retrouve dans tous les aspects de la vie en société, comme la politique par exemple. « Si un homme politique est “boudiné” dans son costume, que laisse-t-il sous-entendre ?, questionne le psychiatre et psychanalyste J.D. Nasio. Qu’il n’a pas la volonté de s’occuper de son corps, qu’il ne maîtrise rien. Il est faible. »

Le ventre, le domaine de la « saleté »
Mais que cache le désir d’avoir un ventre plat voire creux ? « Notre mémoire des sensations est plus forte que la vision que nous avons de notre corps, estime J.D. Nasio. Nous sommes marqués par l’image du bébé que nous avons été, qui se souvient du plaisir ressenti lorsqu’il mangeait puis évacuait la nourriture. Nous voudrions être constamment vidés, que rien ne s’accumule dans notre ventre. Être purifié, propre. » Si le ventre semble être un « défaut » de notre anatomie que l’on a autant de mal à assumer, c’est en effet parce que nous relions notre intestin, dont il est le siège, au milieu de la pourriture, de la saleté, du déchet. « Les fonctions de la digestion et les fonctions sexuelles se passent dans le ventre, ce qui fait de nous des êtres corporels, matériels, explique Gérard Apfeldorfer. Le cœur est considéré comme l’organe des émotions, le cerveau celui de la pensée : des attributs nobles qui nous rattachent plutôt à l’âme, à des qualités spirituelles ». Pour Estelle Masson, maître de conférence en psychologie sociale, le ventre est aussi une partie du corps plus animale que les autres, que l’on ne maîtrise pas. C’est lui qui nous sert d’alerte, mais aussi parfois, nous fait mal, nous trahit lors d’un événement important. Comme pour révéler nos états d’âme aux yeux du monde entier. « Il nous parle : il gargouille, se noue lorsque l’on est angoissé, nous permet de “digérer” une mauvaise nouvelle… Il existe un lien plus intime entre lui et nous, qu’avec les autres parties du corps. Ce ventre qui nous fait ressentir les choses, nous dicte nos émotions. »

Renoncer à sa quête du ventre parfait
Et si l’on faisait la paix avec notre ventre ? La première étape, pour y parvenir, c’est de se convaincre que l’image de notre ventre est faussée, explique Sophie Cheval. En effet, nous ne voyons notre corps que de là où nous nous trouvons. « Même si l’on essaye de se regarder dans la glace sous toutes les coutures, avec des miroirs de part et d’autre pour se saisir dans toutes les dimensions, les autres ont une image de notre corps beaucoup plus juste. Ils nous voient de l’extérieur et en mouvement. » Ce regard-jugement que l’on porte sur soi nous pousse à penser que notre ventre est plus gros qu’il ne l’est. Passé ce constat, il devient plus facile de faire preuve d’indulgence à son égard. D’autant plus que notre physiologie n’est pas qu’une question de contrôle, de volonté, nous n’avons pas tous les mêmes gènes, la même morphologie. La société nous impose des critères que peu de personnes arrivent à performer. « Anatomiquement parlant, le ventre des femmes n’est pas fait pour être plat. Peut être 0,5 % des femmes parviendront à obtenir un ventre plat et seulement durant une certaine période de leur vie. Pas de 12 à 91 ans, poursuit la psychothérapeute. Ce qui est très rentable pour l’industrie cosmétique : les femmes vont dépenser tout ce qu’elles peuvent en produits pharmaceutiques… »

Réapprivoiser son ventre
Accepter ses imperfections est loin d’être facile. Mais se recentrer sur ce qui nous anime au quotidien pourra nous permettre de dépasser nos complexes : qu’est-ce qui est important pour moi dans la vie ? Quelles sont les valeurs essentielles qui me permettent de dire que je mène une vie digne d’être vécue ? Bien que nous ayons un corps imparfait, nous pouvons séduire, nous sentir beau. A condition de déposer les armes : de ne plus nous focaliser sur cette partie de notre corps, d’accepter son relief, ses marques… Toutes ces imperfections qui sont les témoins de notre histoire. « Après une grossesse, après deux, après trois et puis quatre. Ce n’est plus un ventre que je porte, c’est à la fois du souvenir et de la honte, de la peau qui a subi volontairement et avec bonheur ce qui l’a marquée à tout jamais », raconte la blogueuse Marie Perarneau. « Ce ventre, c’est ce qui nous reste. On voudrait l’aplanir. Le rendre un peu plus lisse. Je ne veux pas d’un corps parfait, la perfection ne me réussit pas. »

Ref : www.psychologies.com

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